Le Protestantisme en Haiti

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Période de première implantation

L’Amérique découverte, les rois très catholiques de l’Europe se sentirent investis d’une mission impériale et chrétienne et offrirent leurs bras séculiers contre le judaïsme, l’islamisme et le protestantisme. Dans les colonies françaises, défense fut faite aux propriétaires d’utiliser les protestants à quelque titre que ce soit. En Haïti, il s’est passé douze (12) ans après l’indépendance nationale, avant que l’ancienne Hispaniola vît l’arrivée d’un premier missionnaire protestant.

La réforme protestante est introduite dans le pays par le français Etienne de Grellet du Mobilier avec son compagnon John Hancock, à l’initiative de la Société des Amis. Ils débarquèrent dans la rade des Cayes le 16 juillet 1816. L’accueil de la société cayenne fut des plus encourageants. Le 11 aout, sur la demande du Président Alexandre Pétion, de Grellet organisa une réunion à l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince et une deuxième le 18 devant le péristyle du palais national, en présence du chef de l’Etat. Un an après, le 7 février 1817 arrivèrent à la capitale John Brown et James Catts, deux missionnaires de l’Eglise Wesleyenne d’Angleterre dont la branche haitienne prend aujourd’hui le nom d’Eglise Méthodiste d’Haiti.

Protestantisme

Protestantisme

L’histoire proprement dite des Eglises protestantes haitiennes remonte à l’année 1817. Plusieurs temps vont marquer la vie des réformés haitiens. Ils débuteront par une période de première implantation (1816-1860) avec l’arrivée d’un protestantisme individuel et personnel et des rares missionnaires, des marchands, des marins, des consuls et des colporteurs. La première rencontre entre la société haitienne, le catholicisme, le vodou et le protestantisme s’est inscrite en termes de heurts. L’impact protestant est resté superficiel.

En 1818, une petite société méthodiste fut constituée. L’opposition naquit. Les adhérents à la nouvelle foi furent obligés de prendre le maquis. Brown et Catts reçurent l’ordre de laisser le pays. En 1819, deux nouveaux pasteurs méthodistes, Elliot Jones et William Woodis Harvey, débarquèrent dans le royaume du Nord. La congrégation de Port-au-Prince fut successivement placée sous la direction de Martial Evariste et de Charles Pressoir. Le mouvement méthodiste se multiplia et accusa un effectif de soixante douze (72) personnes, et de nombreux membres à l’épreuve. Défense fut faite aux adhérents à la nouvelle foi de se grouper, sous peine d’emprisonnement. Les fidèles prient l’héroïque décision de continuer à se réunir de nuit. Quelques renégats reçurent du chargé catholique de certificats de catholicité.
Période de tâtonnement (1860-1920)

L’évangélisme devait déboucher à partir do 1860 jusqu’au tournant du présent siècle, sur une période de tâtonnement. Il devint une religion de groupe et essaya, par la distribution de la littérature sacrée et le biais de l’éducation, de toucher l’élite du pays.

Entre temps, Faustin Soulouque se fit proclamer empereur sous le nom de Faustin ler. Le protestantisme paraissait incompatible avec la sécurité de l’Etat haïtien. A travers tout le pays, la chasse aux protestants fut organisée. Devant faire appel à de nouvelles recrues, l’armée d’Haïti en profita, un dimanche, pour faire main basse sur de jeunes protestants à la sortie des temples ». Le 28 mars 1860, la signature d’un concordat entre l’Etat haïtien et le Vatican et l’établissement de nombreuses congrégations religieuses devaient asseoir sur des bases solides les privilèges de 1’Eglise catholique romaine. Le 26 mai 1861, l’Evêque Jacques Théodore Holly débarqua dans le pays à la tête d’un groupe de cent dix (110) noirs américains et deux ans après (25 mai 1863) inaugura la première paroisse épiscopale de Port-au-Prince. Il fut consacré, plus tard, premier Evêque général de l’Eglise Orthodoxe Apostolique Haïtienne qui sera, à sa mort, affiliée à l’Eglise Episcopale Américaine.

Du côté des baptistes, deux derniers groupes allaient occuper le devant de la scène protestante: les baptistes indépendants et les récents baptistes américains. Jemima Straight (1880) et le pasteur français Elie Marc (1894) s’établirent dans le Nord d’Haïti. Ce dernier évangélisa une bonne partie du département. Son œuvre s’étendit jusqu’au coeur de l’Artibonite. Son fils, Ruben Marc dirigea pendant plus de cinquante ans la plus grande congrégation protestante du pays à Port-au-Prince. A cet éminent ministre succéda une figure savante, le Dr Fritz Fontus qui, dix ans après sera remplacé par un homme de foi et de grande piété, le Pasteur Pierre Amos Gabeau.

Vers 1905, le prédicateur méthodiste Michel Nord Issac se convertit à l’adventisme et fonda, en collaboration, l’Eglise Adventiste du 7e Jour, ci-après L’Union des Adventistes du 7è Jour qui est de nos jours, établie à travers les 9 départements d’Haïti.

De 1916 à 1928, l’Eglise Méthodiste donna naissance à l’Eglise Wesleyenne Indépendante. L’un des pasteurs de la fraction de la congrégation ralliée à l’Eglise Mère Henri Ormonde McConnel engagea résolument cette dénomination dans des œuvres à caractère social. De cette rupture émergea également l’Eglise Méthodiste Libre dirigée successivement par les Pasteurs Arthur, Paul et William Bonhomme.
Période d’expansion et de consolidation (1920-1960)

La troisième étape dans l’histoire du protestantisme haitien part du premier quart du 20ème siècle pour s’arrêter vers les années 1960. Nous constatons une étonnante progression protestante.

L’histoire des réformés dans notre communauté retiendra l’œuvre des récents baptistes américains. Le 15 octobre 1923 arriva à Jacmel le pasteur anglais Arthur Groves Wood qui fut accueilli par l’un des plus éminents pasteurs baptistes d’alors, Nossirel Lhérisson. Wood unifia le baptisme haïtien dans le cadre de la « Américan Baptist Home Mission Society ». Son œuvre fut poursuivie par un remarquable ministre anglais Charles Stanford Kelly.

En 1947 arrivèrent les Docteurs Harold et Ivah K. Heneise. Ils fondèrent le Séminaire Théologique Baptiste d’Haïti qui deviendra par la suite l’Université Chrétienne du Nord d’Haïti, placée actuellement sous la direction du Recteur Jules Casséus. Cette institution exerce une influence grandissante sur le protestantisme haïtien. S’établit quelques années après, le Dr William Hodges qui fit de l’Hôpital « Le Bon Samaritain », fondé au Limbé par le Pasteur Ludovic Saint-Phard, le plus grand centre hospitalier protestant du pays.

En 1961, l’Eglise Episcopale d’Haïti a fêté son centième anniversaire sous l’autorité de l’Evêque américain Charles Voegelli dont le successeur a été l’Evêque haitien Luc A. Garnier. A la retraite de ce dernier la EEH sera dirigée par l’Evêque Zachée Duracin.

On doit à cette dénomination la création du musée du Collège Saint-Pierre et du Centre Saint-Vincent pour les handicapés, et la fondation de l’Ecole de Musique et de l’Orchestre Sainte-Trinité.

Entre temps, le baptisme offre au pays l’ébauche de nouvelles dénominations et missions. Sont établies en 1936 à Jacmel, la mission Baptiste Eben Ezer placée plus tard sous la conduite des Pasteurs Marius Lafond et Rosiclair Cadet, et, en 1941, au Cap-Haitien, la Mission Baptiste Haitienne fondée par le Pasteur Gerson Toussaint. En 1943, s’est implantée la « Univangelized Field Missions» qui collabore depuis avec l’Union des Eglises Baptistes d’Haiti. En leur sein est créé le Séminaire de Théologie Evangélique de Port-au-Prince (STEP).

L’Union Evangélique Baptiste d’Haïti a été présidée pendant de nombreuses années par les Drs Orius Paultre, Claude Noel et les Pasteurs Espérance Julsaint et Jean Duthène Joseph. Dans l’ouest et le Sud a émergé la Mission Evangélique Baptiste du Sud d’Haïti dont relève Radio Lumière. Au même moment a pris naissance dans les hauteurs de Fermathe la Mission Baptiste Conservatrice actuellement dirigée par le Pasteur Wallace Turnbull, l’un des plus progressistes missionnaires à s’établir dans le pays.
Naissance d’un protestantisme populaire

A partir du deuxième quart du présent siècle, l’entrée des missions à caractère pentecôtiste et de type sainteté allait bouleverser la physionomie du protestantisme haïtien et contribuer à le populariser. Le 13 janvier 1928, Joseph Pauléus et Joseph Sauveur Saint-Juste inaugurèrent au Belair à Port-au-Prince 1’Eglise du Dieu en Christ dirigée par l’Evêque Lopez d’Autriche, le Président de 1a Fédération Protestante d’Haïti. L’Eglise de Dieu dont l’actuel Superintendant est le Pasteur-Ingénieur Elisée Joseph, s’établit dans notre communauté en 1934. Durant p1usieurs décennies, elle comptait dans ses rangs les Pasteurs Bernard Lacombe, Laurore Morisset et une femme de foi et de grande piété, la Révérende Sylvestre Rodouin. L’un de ses membres, le futur Evêque Jacques Vital Herne, se détacha de cette dénomination pour fonder I’Eglise de Dieu de Ia Prophétie. En 1943 s’implanta 1’Eglise Wesleyenne d’Haïti et en février 1950, pour la premiere fois, le drapeau de 1’Armée du Salut fut hissé au mât du siège de la Mission à Sans-Fil, au coeur de la Capitale. Au cours de cette même année s’organisèrent 1’Eglise du Nazaréen et I’Eglise Evangélique d’Haïti. Cette dernière implanta au Cap-Haitien la radio 4VEH. Un an après, à l’initiative du Pasteur Neptune Daniel, la 2ème Eglise Baptiste de Port-au-Prince que dirige le Pasteur Cenofa Point-du-Jour s’est établie. Ont vu le jour 1’Eglise de Dieu de Ia Pentecôte en 1952, les Assemblées de Dieu et la Mission Méthodiste Libre en 1957.
Période actuelle et renouveau (1960 à nos jours)

La présente période semble devoir être une étape de stabilisation, de réflexions et de participation à 1’établissement d’une société de droit et au développement. A l’aube du 21e siècle, elle est susceptible de déboucher sur des perspectives nouvelles.

Le protestantisme a vu naître plusieurs associations. A mentionner l’Union baptiste d’Haïti (1939-1960) à laquelle sont attachés les noms du Dr Hector Paultre et des Pasteurs F1échier Larivière et Zenas Yogoyan. En 1964 est créée La Convention Baptiste d’Haïti qui prolonge l’œuvre de la « American Baptist Home Mission Society », grâce à l’initiative des Pasteurs Luc Nérée, Sauveur Marcelin, Sem Marseille, Jules Thomas et Charles Stanford Kelly. Sous l’impulsion du Dr Claude Noel est fondé en 1966, Le Concile des Eglises Evangéliques d’Haïti (CEEH) qui regroupait au départ des églises de référence fondamentaliste et piétiste.

Grâce à l’esprit d’ouverture du Père Joseph Simon Louis, du Pasteur Guillaume Ford, du Père Claude, de Simon Desmangles et de Roger Mortes, un vaste mouvement œcuménique est déclenché à travers le pays, avec la création du “Groupe Œcuménique de Recherche » (GOR) En juillet 1973 est établie la “Commission Haïtienne des Eglises pour le Développement » (CHED), avec pour Secrétaire-général et Secrétaire-général-Adjoint, le Dr Charles Poisset Romain et l’Agronome Marc Antoine Noel. Deux ans plus tard, est créée, à l’initiative du Dr Josué Th. Romain, « la Commission Médicale Chrétienne d’Haïti » (CMCH). Ont vu le jour, tels le « Groupe Biblique des Ecoliers et des Universitaires, « La Fédération Nationale des Jeunes Baptistes », « L’Association Nationale des Femmes Dorcas » etc.

Des décades durant, le protestantisme a évolué uniquement entre les quatre murs des temples. Un phénomène nouveau est venu bouleverser se physionomie. Sous la conduite de Madame Jonas Fougy, des leaders puissants par leurs prédications et leurs témoignages ont déclenché à travers le pays « Le mouvement cohorte ». Ils ont su remuer les cœurs et les consciences en amenant des dizaines de milliers de gens au giron du protestantisme.

Les années 1970, 1980 et 1990 ont vu l’entrée en lice de nouvelles générations de sectes pentecôtistes, spontanéistes, d’étiquette théologique mixte. Vers 1979 est créé « Le Conseil National des Eglises et des Missions Indépendantes » (CONAMISE). A l’initiative du Pasteur Sem Marseille, « La Fédération Protestante d’Haïti » (FPH) a vu le jour le 1er mai 1986. Sous l’habile direction de son président, L’Evêque Lopez d’Autriche, et grâce au dynamisme et à la largeur de vision de son jeune Secrétaire-général, Edourad Paultre, la FPH fait un remarquable travail de coordination, de sensibilisation et de réflexion au sein de la grande famille réformée haïtienne, vieille de 181 ans. Est fondée en……….. « La Fédération des Ecoles Protestantes » (FEP). Viennent d’être fondés en septembre 1997, « Le Conseil Protestant de l’Enseignement Supérieur » (CPES), « Le Fonds Haïtien de Développement de l’Enseignement supérieur », « L’Association Nationale pour l’Evangélisation d’Haïti » (ASNAPEH) et le Consortium du Troisième Millénaire S.A (CTMSA).

En 2010 près de 50% de la population haïtienne pratiquent le protestantisme.

Dr. Charles Poisset Romain

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